Powderfinger - Drifting Further away.
Ce silence lourd. Lourd et insupportable. Malgré la douleur et le chagrin qui la rongent, Jake sent le soulagement se répandre en elle. Malgré la rage et les pleurs, elle se sent apaisée. Apaisée qu'elle soit là, à ses côtés. Apaisée que Juliet ne l'ai pas laissée. Elle ne lui fait pas face pour autant. Elle reste là, droite et impassible, son regard se perdant dans le vide. Sa gorge se serre, son estomac se noue. Un frisson froid parcoure ses reins. Jake ajuste la veste noire qu'elle porte avant de la fermer. Elle est trop grande pour elle. Bine trop grande. Skye l'a toujours portée. Juliet, elle, garde le silence. Elle ne sait que faire. Elle ne sait que dire. Peut-être parce qu'il n'y a rien à dire. Rien ne pourra aider Jake. Rien ne pourra la ramener à elle. Alors non, elle ne lui dira pas que tout ira mieux, un jour où l'autre. Elle ne lui dira pas que c'est la vie. Non, Jake crache sur la vie. Elle ne lui dira pas non plus de rester forte. Elle ne lui dira pas que Dylan a besoin qu'elle se relève. Jake a déjà été bien trop forte. Elle a déjà été beaucoup trop forte. Beaucoup plus que n'importe qui. Elle ne lui dira pas qu'un jour, elle cessera enfin de souffrir. Elle ne lui mentira pas. Sans Skye, rien n'ira bien. Sans Skye, rien n'ira plus jamais bien. Elle le sait. Jake ne sera plus jamais la même. Elle ne sera plus jamais celle qu'elle a été.
Juliet s'avance lentement. Lentement mais sûrement. Vigilante, elle pose une main sur l'épaule de son amie. Une main rassurante et protectrice. Elle n'ose pas approcher davantage. Jake, elle, parait inerte. Juliet saisit la jeune femme, la laissant tomber en arrière, contre elle. Elle pose sa tête au creux de son épaule. Jake ne se retourne pas. Au contraire, elle s'abandonne. Elle se laisse aller contre sa meilleure amie. Sa s½ur, son double, sa confidente. Celle qui la soutient. Celle qui voudrait arracher cette douleur qui la ronge. Celle qui la retient d'une chute certaine. Celle qui la maintient en vie.
« Tu n'avais pas fermé la porte, souffle Juliet. C'est une habitude que tu devrais perdre.
- je me fiche de mes habitudes, bonnes ou mauvaises. Elle n'ont plus d'importance.
- Ne dis pas ça.
- Pourtant, c'est vrai.
- Tu n'as pas dormi depuis combien de temps ? Demande- elle après un hochement de tête.
- Trente six heures, murmure Jake d'une vois rauque.
- Dors un peu, répond Juliet.
- Je ne peux pas. pas toute seule.
- Je n'irai nulle part, Jake. Je reste ici, avec toi. Tu devrais te reposer tu sais. Tu es a bout de force et Alex ne va pas tarder.
- Je ne bouge pas d'ici, c'est hors de question. Je refuse d'assister a cette cérémonie. Je refuse de voir tous ces gens, ces hypocrites qui prétendent comprendre. Parce non, ils ne comprennent pas. Personne ne peut comprendre.
- Je sais que c'est dur.
- Non, tu ne sais pas justement. Ils vont l'incinérer Juliet ! je ne peux pas voir ça. Je ne peux pas. je ne veux pas. »
Juliet soupire. Soudain, elle desserre son étreinte et retourne Jake, l'obligeant à lui faire face. Son teint est pâle. Une pâleur atroce. ¨Presque transparent. Ses cernes traduisent son épuisement. Comme si la joie avait été absorbée de son regard. Comme si tout éclat de rire s' en était évaporé. Comme si la vie s'était enfuit de son regard, en un éclair.
« Regarde moi, commence Juliet. Regarde moi, Jake. Tu dois y aller. Tu dois lui dire au revoir. Tu penses vraiment qu'il voulait ça pour toi ? Que tu reste cloîtrée chez toi ? Que tu te laisse mourir ? Je t'en pris Jake, sois sérieuse cinq minutes ! Il n'aurait jamais voulu ça, tu le sais aussi bien que moi.
- qu'est ce que ça change ?
- Tout. Ça change tout. Il s'est battu pour toi. Pour vous deux. Après la mort de Lucas, il...
- Justement ! la coupe Violemment Jake. Justement ! Lucas est mort. Medley est morte. Aujourd'hui Skye. Je suis supposé faire quoi ? attendre mon tour ? C'est ça ?
- Je t'interdis de dire une chose pareille, lance Juliet en serrant ses épaules. Je te l'interdis, tu m'entends ? Tu iras à cette cérémonie. Pas seulement pour toi. Pour ta fille. Tu iras. Tu as toujours dis qu'il t'avait sauvé. Prouve lui que ce n'était pas pour rien. Et maintenant je t'en supplie, va dormir.
- Comment va Dylan ?
- Elle tient le coup. Elle est forte, tu sais. Mais elle ne comprend pas. Elle ne comprend pas que son père ne reviendra pas, ni que sa mère ne soit pas avec elle.
- Je ne voulais pas qu'elle reste ici, articule Jake. Je ne voulais pas qu'elle me voie. Pas comme ça. Pas dans cet état. Elle est mieux avec Alex. Du moins, je crois. »
Parfois, je me sens ridicule. Ridicule et idiot. Idiot d'avoir toujours remis au lendemain tout ce que j'aurais pu faire. Tout ce que j'aurais du faire, aussi. Comme beaucoup, je pensais avoir la vie devant moi. Toute la vie. J'imaginais naïvement que mes actes manqués auraient bien plus d'importance plus tard. J'imaginais bêtement que les paroles refoulées au fond de me gorge auraient plus d'impact si j'osais les prononcer plus tard. Je pensais que le courage s'intensifiait avec le temps. C'est idiot, je sais. Pourtant, j'aurais du lui dire. J'aurais du lui dire que je n'étais qu'un lâche. J'aurais du lui dire qu'importe la musique, qu'importe mon rêve, qu'importe la reconnaissance ou la gloire, sans elle, cela n'en valait pas la peine. J'aurais du agir autrement. J'aurais la retenir, ce soir là. J'aurais être là et la supplier de ne pas partir, de ne pas monter dans ce train. J'aurais être là à la naissance de ma fille. J'aurais du guider ses pas. J'aurais du être là, bien plus tôt. Seulement, je crois que la peur me poussait à me taire. La peur m'empêchait d'agir. Elle me prenait aux tripes et me poussait à enchaîner les erreurs. Elle me poussait. Elle me poussait et je tombais. Encore et encore. Elle m'étouffait. Vous êtes vous déjà retourné sur vos erreurs ? La culpabilité, vous connaissez ? Pire, les regrets ? Vous ont-ils déjà assailli ? Combien de personnes avez vous déjà perdu par crainte ? Combien d'actes manqués vous ont déjà achevé ? Combien de fois avez-vous perdu espoir ? Combien de fois avez vous manqué de courage ?
Vous savez, la mort vainc la peur. Elle l'absorbe. Elle la déchire. C'est vrai, aujourd'hui je n'ai plus peur de rien, chanceux que je suis. Seulement, c'est un peu tard. Aujourd'hui, je comprends l'absurdité de mes craintes. Je comprends l'absurdité de mes doutes. Au fond, je n'aurais du avoir peur que d'une chose, de mon vivant. Une seule et unique chose. Oui, j'aurais du avoir peur de ne plus rien ressentir. J'aurais du avoir peur de mourir.